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Réflexion sur la médecine de demain

Vers la simplicité et la sagesse

Par Yvette Parès, Dr ès sciences, Dr en médecine

La médecine occidentale du XXe siècle a porté à un haut degré sa technicité mais, en même temps, s’amplifiaient l’inconfort et le malaise psychique des patients. Afin de remédier à cette situation et de retrouver une simplicité incluant l’efficacité, des modifications s’avèrent indispensables dans l’attitude des patients et des médecins.

Dans ce contexte de souffrances des patients, on peut citer : les infections douloureuses, les perfusions multiples et leurs méfaits, les ponctions, les ponctions-biopsies avec des risques d’hémorragies, les manœuvres invasives à l’origine d’infections ou de maladies nosocomiales, l’administration de produits de contraste ou d’isotopes radioactifs. Le corps humain est ainsi soumis à de rudes épreuves. On peut ajouter que de nombreuses investigations relèvent davantage de la curiosité scientifique que du réel intérêt du malade.
Mais cette sophistication des soins leur conférait un caractère « savant » qui établissait de façon incontestable la supériorité de la médecine occidentale.

Parallèlement, le sens clinique s’émoussait, les rapports humains se distendaient, remplacés par les chiffres des analyses de laboratoire et les « images » données par des appareils perfectionnés. Le médecin, peu à peu, s’est transformé en un technicien hautement spécialisé.

Que dirait Hippocrate s’il visitait nos hôpitaux modernes où se prescrivent des médicaments sources d’effets indésirables et de maladies iatrogènes ? Ses paroles n’exprimeraient certainement pas d’éloges mais consisteraient plutôt en de sévères remontrances devant le non-respect de ses célèbres préceptes.

Le retour à la simplicité

La surmédicalisation est un des grands maux de notre époque et le « tout chimie » a causé la perte de connaissances qui jouaient un rôle très important pour la santé. Afin de remédier à cette situation et de retrouver une simplicité incluant l’efficacité, des modifications s’avèrent indispensables dans l’attitude des patients et des médecins.

Pour les patients :

- le recours à la médecine familiale qui assumait les affections courantes sans gravité.
Ainsi, les angines banales cédaient à l’eau citronnée ou, mieux encore, additionnée de vinaigre rosat. Ces cas ne nécessitaient en rien des analyses visant à établir une cause bactérienne ou virale.
- la remise à l’honneur des formules efficaces que détenait le savoir populaire, très vivant autrefois dans les campagnes.
- d’autre part, la demande de conseils et de préparations d’herboristes confirmés lorsque le diplôme aura été rétabli par un décret intelligent ou sous la pression des événements dans un contexte d’urgence, imposé par la lutte contre la pollution médicamenteuse de l’environnement.

Pour les médecins :

- le recours modéré aux analyses de laboratoire, les réservant aux cas graves. Un examen clinique approfondi apporte le plus souvent les éléments qui permettent le diagnostic et le traitement.
- une grande prudence vis-à-vis des analyses dont l’effet psychologique est néfaste. Lorsque les déficiences d’un traitement sont bien connues, pourquoi infliger au patient des contrôles successifs qui ne montreront que l’aggravation de la maladie et provoqueront l’inquiétude et un stress permanents ? Tel est le cas, en particulier, des hépatites évoluant vers les complications, que les thérapies aux lourds effets indésirables ne peuvent entraver.
- la limitation des demandes d’imagerie médicale avec leurs inconvénients et leur coût élevé.
- le recours à un mode de prescription très négligé en médecine occidentale mais largement utilisé par les médecines traditionnelles : la voie percutanée, qui permet l’absorption par la peau de nombreuses substances médicamenteuses. A cet effet, on peut utiliser : pommades, huiles médicinales, vinaigres médicinaux, décoctions pour bains partiels ou complets. Ces pratiques évitent beaucoup d’infections et augmentent ainsi le confort du malade. Il s’y ajoute une économie du matériel jetable. Par ailleurs, le parfum agréable des préparations naturelles procure déjà au patient un apaisement favorable au traitement.

Le retour à la sagesse

La médecine héritée du XXe siècle, du fait de sa déshumanisation, subit une crise qu’il faudra surmonter.

Divers points sont à envisager :

-  la nécessité d’une culture générale : de nos jours les médecins, hommes et femmes, ont été et sont submergés d’informations scientifiques. Il reste peu de temps pour étudier la matière humaine et les aspects psychologiques, émotionnels liés à toutes les maladies. De surcroît, la vie trépidante, l’abondance des contraintes administratives, l’excès d’appels ou de consultations pour des maux insignifiants entretiennent le stress et font obstacle à une totale disponibilité. Le recours à la médecine familiale et aux activités d’herboristes diplômés contribuerait sans doute à ralentir le rythme et à favoriser l’équilibre intérieur.

-  le soutien d’une spiritualité, quelle qu’elle soit, ou un humanisme profond sans lesquels les propos adressés aux patients risquent de n’être que des paroles creuses ou même néfastes.

-  l’acquisition de l’humilité qui fait reconnaître les limites du savoir exercé dans un art difficile.

-  l’ouverture d’esprit qui permet d’accueillir les connaissances thérapeutiques, d’où qu’elles viennent. Hippocrate la recommandait déjà de son temps.

-  la remise de la science à sa juste place : par ses larges lacunes, elle dessert dramatiquement la médecine. Un exemple en est donné par les antibiotiques qui, finalement, ont conduit aux phénomènes de résistance dont le savoir de l’époque ne soupçonnait pas l’inéluctable apparition due aux capacités d’adaptation des germes.

-  le retour à l’indépendance avec l’abandon de la tutelle des laboratoires pharmaceutiques. Une grande liberté de prescription serait alors posible à partir des ressources offertes par la nature. Cette créativité retrouvée pourrait conduire à des avancées thérapeutiques d’une grande portée.

-  l’ensemble de ces conditions étant réuni, les gestes essentiels de l’art médical reprendraient toute leur valeur : l’accueil du patient, l’écoute attentive, les paroles de réconfort, l’examen clinique bien conduit, la thérapeutique personnalisée et sans effets indésirables.

La médecine occidentale du XXe siècle matérialiste, technique et chimique s’est déshumanisée. Sa vision partielle de l’être humain limitée au corps privé de l’âme et de l’esprit a créé un grand malaise.

Retrouver le chemin de la simplicité accompagnée de l’efficacité et la voie de la sagesse demandera une profonde remise en question. La médecine de demain sera, dès lors, en mesure de répondre véritablement à l’attente de tous ceux et celles qu’affecte la maladie et qui espèrent la guérison.

 Denis Guichard - Un nouveau regard sur le vivant - Tous droits réservés  - Webmaster : GSC