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10è anniversaire de l’Appel de Paris sur les dangers sanitaires de la pollution chimique

Comment faire reconnaître les atteintes à la santé et à l’environnement comme crime contre l’humanité ?

A l’écoute de tous les spécialistes présents lors de ce colloque du 14 novembre 2014 à l’UNESCO, ce titre ambitieux s’est hélas révélé exact et nécessaire. Un constat accablant !

Le colloque "Cancer, Environnement et Société" a réuni le 7 mai 2004 à l’UNESCO des scientifiques internationaux de renom, des médecins, des représentants d’associations environnementales. Ce colloque était organisé par l’ARTAC (Association pour la Recherche Thérapeutique Anticancéreuse). De cette union entre scientifiques et organisations non gouvernementales est né l’Appel de Paris, déclaration historique sur les dangers sanitaires de la pollution chimique.

L’Appel de Paris proclamé comporte 3 articles ainsi résumés :

  1. La plupart des maladies sont causées par la pollution chimique.
  2. En raison de cette pollution, l’enfance est en danger.
  3. Si nous continuons à polluer l’environnement comme nous le faisons, l’espèce humaine elle-même se met en danger.

Plusieurs lauréats du Prix Nobel de médecine, dont en France les Professeurs François Jacob, Jean Dausset et Luc Montagnier ont signé cet Appel, de même que l’ensemble des Conseils de l’Ordre des médecins des 25 Etats membres de l’Union Européenne de l’époque, plus de 1500 ONG et 350 000 citoyens européens.

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Réunis le 7 mai 2004 pour présenter l’Appel de Paris : Paul Lannoye, Nicolas Hulot, Lucien Israël, Dominique Belpomme, Samuel Epstein, Corinne Lepage, Luc Montagnier

Qu’en est-il 10 ans plus tard ?

Le colloque anniversaire du 14 novembre dernier à l’UNESCO a été l’occasion de faire le point sur les avancées de la réglementation en matière de pollution.

Dans son introduction, le Professeur Dominique Belpomme, cancérologue, directeur de l’European Cancer and Environment Research Institute (ECERI) à Bruxelles, a fait un bilan des conséquences de l’Appel de Paris.

Il a contribué :

  • à l’adoption du règlement européen REACH qui a instauré une régularisation de la mise sur le marché des produits chimiques ;
  • à la promulgation de la Charte de l’environnement, sous la forme de la loi constitutionnelle du 1er mars 2005.
  • à la réorientation des recherches médicales dans le domaine de l’environnement, notamment au revirement spectaculaire de l’INSERM qui s’attache maintenant à prouver les liens entre cancer et environnement.

Mais bien sûr, on est loin du compte... Le danger est si grave, poursuit le Pr Belpomme, que des mesures doivent être prises à à l’échelle de la planète car il s’agit du destin de l’humanité. Une solution est possible : faire de la pollution et de la destruction de la nature un crime de santé publique, voire, comme le proposent certains Etats dans le monde, un crime contre l’humanité, lorsque le crime concerne la survie d’un peuple.

Deux amendements à l’Appel de Paris sont proposés et soumis aux votes de participants :

  • l’extension de l’Appel à la pollution physique, en particulier électromagnétique ;
  • l’extension de l’Appel au domaine juridique, en indiquant que les pollutions les plus graves causées par l’homme, qui menacent les équilibres écologiques et la santé de l’humanité, sont un crime relevant du droit pénal.

Le colloque du 14 novembre a comporté 3 sessions :

  1. dresser l’état des lieux des connaissances scientifiques actuelles ;
  2. dérives sociétales et déni politique ;
  3. la science au service de la justice, la justice pénale au secours de l’humanité.

Points saillants des interventions de la première session

Cancer et environnement par RICHARD CLAPP, Professeur émérite de santé environnementale à l’Université de Boston : aux Etats-Unis, nous n’avons pas pris en compte les énormes risques que nous encourons à cause de l’environnement totalement pollué. En Europe, c’est mieux pris en compte. La société américaine est encore très conservatrice : beaucoup croient que seuls le tabac, l’alcool, la drogue peuvent être cause de cancer.

Quelques avancées existent cependant. Le rapport du Cancer Panel du Président Obama, intitulé Réduction des risques de cancers environnementaux – Ce que nous pouvons faire maintenant a été publié par l’Institut National du Cancer des États-Unis en mai 2010. Des initiatives sont en cours pour prévenir le cancer et informer le public dans le Massachusetts, en réponse aux recommandations du rapport du Cancer Panel. Un exemple est de passer du perchloroéthylène, solvant utilisé pour le nettoyage de vêtements, au "nettoyage humide", alternative fondée sur l’utilisation de vapeur d’eau. Un programme plus large cherche à promouvoir une économie sans cancer grâce au travail avec des partenaires tels que le Fonds pour le Cancer du Sein et l’Alliance Bleu-Vert, coalition d’organisations syndicales et environnementales aux États-Unis.

Genèse multifactorielle des maladies chroniques par le Pr MONTAGNIER, Prix Nobel de médecine pour la découverte en 1983 du VIH, directeur de la Fondation mondiale recherche et prévention sida à
l’UNESCO : l’accroissement de l’espérance de vie est permanent depuis 150 ans, malgré les guerres, grâce à la médecine et à l’hygiène. C’est un actif mais vieillir en bonne santé est une autre affaire ! Le nombre et l’importance des maladies chroniques s’accroissent. Concentration dans les villes, alimentation en eau, nourriture… Le pouvoir économique est dominant et global… Le changement doit donc être global.

Les causes des maladies chroniques sont multifactorielles : des
facteurs dépendant du comportement individuel (tabac, alcool, régime alimentaire, manque d’activité physique), d’autres dépendent de l’environnement (pollution atmosphérique, chimique, de l’eau potable, radiations ionisantes et non ionisantes). Leur effet cumulatif, même à faibles doses, peut entraîner des modifications chimiques et physiques de nos constituants vitaux, y compris l’ADN. Les défenses immunitaires sont défectueuses.

L’extrême vulnérabilité du fœtus et ses conséquences sur la santé par le Dr ERNESTO BURGIO, médecin pédiatre (Italie), spécialisé en épigénétique : le fœtus est très vulnérable, son ADN est sensible à toutes les informations venues de l’extérieur, de sa mère notamment. L’environnement peut être considéré comme un flux continu d’informations qui interagit
avec nos cellules. Les informations incorrectes (polluants,
perturbateurs endocriniens...) peuvent avoir un impact néfaste sur le fœtus : maladies chroniques, diabète à l’âge adulte, obésité, etc. L’autisme, les cancers de l’enfant sont en augmentation. Sans cesse, l’environnement pollué informe continuellement le génome qui doit s’adapter, surtout dans la première année. C’est un problème gigantesque, les nouvelles générations seront touchées, on est devant la dégénérescence future de l’humanité.

Champs électromagnétiques et santé : le nouveau paradigme par le Pr A. VANDER VORST (Belgique), Docteur ès sciences, anime le laboratoire d’hyperfréquences qu’il a fondé après avoir travaillé au MIT et à l’Université de Standford : la plupart des applications "sans fil" (GSM, WiFi...) sont développés dans des champs à fréquence très élevée, des fréquences dites micro-ondes (de 300 MHz à 300 GHz, avec une longueur d’onde de 1 m à 1 mm, respectivement). L’électro-sensibilité est apparue vers les années 2000. On estime que 5% de la population est touchée. Cela va-t-il devenir un problème important pour l’avenir ? On manque malheureusement de mesures de l’impact des micro-ondes sur les êtres humains. On s’interroge actuellement sur le fait que l’hyper-sensibilité pourrait ne pas être due à la seule exposition micro-onde mais à la conjonction de celle-ci et d’un autre stimulus physique ou chimique.

L’aspect financier pèse lourdement sur la question du sans fil et sur la possibilité de faire des études sanitaires indépendantes… On pourrait envisager des portables moins nocifs mais la volonté n’y est pas… Au lieu de
rationaliser les dispositifs, on ajoute application sur application et le
champ ambiant auquel est soumise la population ne cesse d’augmenter.
En même temps, la demande du public croît constamment.

Pollution radioactive et santé : le risque nucléaire par PAUL LANNOYE, Docteur ès sciences spécialisé dans les risques du nucléaire : les multiples travaux scientifiques qui ont porté sur les conséquences
de la catastrophe de Tchernobyl ont mis en évidence l’importance des
cancers non mortels, de l’augmentation de la mortalité infantile, de la
réduction du taux de natalité ainsi que la détérioration générale de
l’état de santé et le vieillissement prématuré provoqués par les doses
dites « faibles » d’irradiation. Les effets constatés sont impressionnants, jusqu’à l’absence de cerveau chez un nouveau-né.

Les normes ne suivent pas les constats scientifiques : il ressort de l’examen de tous ces faits que les valeurs limites sont trop élevées et que le modèle de risque actuellement en vigueur est incorrect. Les normes protègent les centrales mais pas les hommes ! Le principe de précaution devrait être utilisé mais l’OMS est liée à l’industrie nucléaire. Il est inacceptable de rejeter, en toute légalité, des substances mutagènes, cancérigènes et reprotoxiques dans l’environnement.

La destruction de la flore et de la faune par ALAIN BOUGRAIN-DUBOURG, journaliste, réalisateur, président de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), administrateur de la Fondation pour la Recherche sur la Biodiversité : le déclin du vivant est perçu mais nous n’en mesurons pas vraiment les conséquences. Pourquoi ? Peut-être parce que la notion même de "biodiversité" est complexe, multiple et très diversifiée. 2000 arbres par minute sont abattus, 1 espèce d’oiseaux sur 8 a disparu, soit 421 millions d’oiseaux. On préfère protéger les châteaux aux zones humides, si riches en biodiversité. Le temps est venu de condamner les crimes de l’humanité à l’égard du vivant, de nos voisins de planète, les animaux et les plantes, qui
constituent notre "assurance-vie".

Le réchauffement climatique et ses conséquences par JEAN JOUZEL, Docteur ès sciences, membre du Groupe d’experts international sur l’évolution du climat (GIEC). Il suffit de regarder autour de nous : sécheresse, fonte des glaciers, augmentation des épisodes climatiques violents... Tous les voyants sont au rouge. Quelles sont les conséquences de Fukushima aujourd’hui ? La pollution n’est pas finie et pas de contrôle sur les produits venus du Japon : le commerce d’abord ! Les poissons contiennent d’énormes doses de cesium.

Pour en savoir plus

www.appel-de-paris.com

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